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Médecine rurale modèle

12/03/2007 - Lu 791 fois
Texte repris avec l’autorisation de madame Renée Laurin, journaliste à LE DROIT. Articles parus dans le journal LE DROIT du mois de décembre 2001.

Médecine rurale :

L’Outaouais un modèle pour toute la province

L’Outaouais deviendra bientôt la première région du Québec à offrir un stage prolongé de formation en médecine rurale.

Inspiré par ce qui se fait ailleurs au pays, un groupe de médecins affiliés au Centre de Santé du Pontiac, à Shawville (CLSC-CH et CHSLD), est à mettre sur pied un centre multidisciplinaire de formation qui permettra d’offrir aux jeunes médecins une formation de six mois adaptée aux réalités de la pratique médicale en milieu rural.

Ce projet pilote, conçu en collaboration avec l’Université McGill, à Montréal, devrait éventuellement servir de modèle à toutes les régions rurales de la province. Il vise non seulement à augmenter le taux de rétention des médecins en zones rurales, mais aussi à assurer une meilleure qualité de soins aux citoyens en vivant en régions éloignées.

Dans la région du Pontiac, le taux de rétention des médecins est évalué à environ cinq pour cent. « Sur 90 médecins résidents, cinq vont choisir de rester », précise le Dr Pascal Croteau, responsable du projet au Centre de Santé du Pontiac.

Au Québec le taux moyen de rétention des médecins en milieu rural est de 20 %. En Colombie-Britannique, où on offre une formation adaptée aux réalités du milieu rural depuis 10 ans, le taux de rétention des médecins frise les 50 %.

Le Dr Croteau rappelle qu’une formation en médecine rurale est déjà offerte dans la plupart des régions du Québec. Le problème, c’est que cette formation n’est pas suffisamment élaborée et ne dure pas assez longtemps pour permettre à un résident de bien apprivoiser le milieu et de vivre la réalité de la pratique médicale en zones rurales.

Le document préparé par les instigateurs du projet, soit les docteurs Keith MacLellan, John Wootton et Thomas O’Neill, avec la collaboration de l’Université McGill, propose une formation axée sur la polyvalence des médecins et la continuité des soins.

Les accidents de ferme, les problèmes de santé des travailleurs forestiers et des papeteries sont autant de particularités de la médecine rurale qui seront abordées au cours de la formation. On compte également former les futurs médecins à la réalité de l’organisation des ressources médicales et paramédicales en régions éloignées.

« Ici, il faut être prêt à parcourir de longues distances pour prodiguer des soins à domicile. Il faut savoir tenir compte de cette réalité dans la planification des soins ». note le Dr Croteau.

Jusqu’à maintenant, l’idée a été très bien accueillie partout où elle a été présentée. La Régie régionale de la santé et des services sociaux et l’université McGill ont déjà donné leur accord au projet. Il reste à obtenir l’accréditation du Collège des médecins du Québec et du Collége des médecins de familles du Canada. Si tout le processus se déroule au rythme habituel, le Dr Croteau prévoit être en mesure d’accueillir les premiers résidents du nouveau programme de médecine rurale à l’été 2003.

Un défi stimulant pour les médecins

Par Renée Laurin, journaliste du DROIT

Ses patients n’ont toujours pas compris pourquoi, mais le Dr Pascal Croteau, médecin de famille généraliste au Centre Hospitalier communautaire du Pontiac à Shawville, n'a pas l’intention de quitter la campagne pour faire carrière en ville.

« Ça fait 10 ans que je suis ici et mes patients me demandent encore si je vais partir bientôt ». raconte-t-il. Depuis qu’il a fait son stage en médecin rurale, en 1994, il n’a jamais songé une minute à plier bagages pour rejoindre ses collègues des régions urbanisées.

« J’ai aimé cela et je suis resté. Tant qu’il en sera ainsi, je resterai » dit-il.

En milieu rural, où on s’est habitué à un roulement de personnel énorme, le Dr Croteau fait figure d’exception. Même si, curieusement, un seul des cinq médecins recrutés en même temps que lui, en 1994, est resté moins de deux ans.

Replié à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Hull, dans un coin de pays peuplé de cultivateurs et de travailleurs forestiers, il a trouvé le défi professionnel qu’il cherchait et des conditions de pratique beaucoup plus intéressantes qu’il n’aurait pu imaginer.

« Ici, les médecins font de tout, dit-il. Nous faisons de l’obstétrique, de l’urgence, de l’hospitalisation, des chirurgies mineures et de l’enseignement. On voit des patients de 0 à 100 ans. On les voit en cabinet privé, à l’hôpital et même dans la rue ».

Proximité avec la clientèle

Cette proximité avec la clientèle lui permet d’offrir une continuité et une qualité de soins qu’il pourrait difficilement se permettre dans le contexte actuel de la médecine urbaine. « on connaît le passé des gens, leur milieu de vie. Lorsqu’on fait un plan de soins, c’est beaucoup plus facile de tenir compte de tous les facteurs socio-économiques », fait-il savoir.

Selon le Dr Croteau la polyvalence de tous les médecins facilite également beaucoup les choses lorsque vient le moment de se partager les tâches en cas d’absence d’un membre de l’équipe médicale par exemple. Ils peuvent également compter sur le travail d’équipe pour se partager des connaissances un peu plus pointues dans certains domaines comme l’obstétrique ou la pédiatrie.

Le fruit de ce travail d’équipe peut se mesurer au faible temps d’attente à l’urgence du centre hospitalier communautaire de Pontiac. « Si vous attendez deux heures ici, c’est très long » dit-il. Le Dr Croteau rappelle d’autres part que les deux urgences de la région de Pontiac, qui desservent une population de 20 000 habitants, n’ont jamais fermé une seconde depuis leur ouverture.

Autre avantage de la pratique en milieu rural, selon le Dr Croteau, c’est la possibilité de poser des actes habituellement réserver aux spécialistes, faute de pouvoir compter sur leur présence en tout temps.

Lorsque les connaissances de spécialistes deviennent nécessaires pour poser un diagnostic juste et précis, les médecins de Shawville peuvent maintenant compter sur la télémédecine. L’acquisition récente d’un CT scan, grâce à la générosité de la communauté, permet de faire des radiographies en trois dimensions. Cet appareil de 900 000 $ est branché à un système de téléradiologie qui permet de transmettre les résultats d’examen à un spécialiste de la ville sans que celui-ci n’ait à se déplacer.

« Des étudiants qui arrivent ici croient encore qu’ils vont pratiquer dans une cabane en bois rond » note le Dr Croteau. Pour lui, il n’y a plus de doute : la réalité du terrain est beaucoup plus alléchante.